Venise pour l’art contemporain,
art 21 suite.





Pipilotti Rist : « Selfless in the bath of Lava »
1994 – vidéo installation





Thomas Ruff “Hans, Nr 911” 1991 – photographie





Rachel Whiteread “Untitled” (domestic)- 2003 – sculpture






Robin Rhode: “he got game” 2000 - photographies






Annette Messager – « casino » 2005 - installation





Rebecca Belmore « Fontaine“ 2005 – vidéo





Ishiuchi Miyako “Mother’s 2000-2005 – traces of the future” – 2005 – photographies





Guy Ben Ner sculpture - 2005







Garci Rodero - photographies






Moriko Mori “Wave UFO”
2003

Promenade inspirée

« Chacune de mes visites faites à la sérénissime fut l’occasion de pressentir que dans cet entrelacs de canaux et de ponts, d’eau et de pierres, surgirait une solution » disait Michel Onfray, en ouverture de sa quête d’une figure cristallisant son éthique entre esthétique et élégance (1). Et plus loin il ajoute : « La ville est l’unique expression de la volonté […] le défi lancé à la nature, la somme de l’orgueil et de la culture portés à leur paroxysme, la production d’une pensée. » Enfin, poétique : « Venise concentre toutes les variations possibles et imaginables sur le thème de la grâce et de l’élégance, Venise est l’éther à la surface de l’eau, menaçant de devenir un vaisseau fantôme par trop d’épousailles avec les embruns. Rien n’y pèse, tout y plane ».

Que pourrait-on ajouter à ce magnifique portrait de la ville ? Que la première visite fait remonter à l’esprit tant d’images oubliées, peintres, musiciens, philosophes, une évidence, un chemin initiatique. Venise ressemble à un décor de théâtre, hautaine, ville musée, merveille du monde ou juste fabriquée pour les touristes, impossible. En rythme régulier, palais, églises, monuments et canaux, le tout apparaît posé là, tout a l’air de flotter, simplement sur l’eau. Très vite, direction les lieux connus, mythiques : le « déjà connu » doit-il toujours être vu en premier ? Déception : trop de monde pour visiter la Basilique, pour monter au Campanile et l’Horloge monumentale du XVème siècle est en restauration, recouverte d’une bâche hideuse représentant… la tour Eifel !… Traverser la fameuse place San Marco, les pigeons, les touristes...

Vite, se réfugier dans un musée pour y prendre la meilleure, la plus marquante leçon d’histoire de l’art jamais apprise, comme si les pièces d’un immense puzzle prenaient d’un coup leur place, lumineuse, dans l’esprit, laissant toutefois des espaces vides (il faudra aller à Rome, Florence, Sienne… plus tard). Bellini, Carpaccio, Tiepolo… un autre musée : la leçon continue avec les plus grands, Mantegna, Giorgione, Titien, Tintoret, Véronèse, impossible de les citer tous, déception : un seul Pierro de la Francesca, ailleurs… puis, Longhi, Canaletto, Ricci, Guardi, Marieschi, Zais, Zuccarelli, je mesure mon ignorance… la frénésie d’apprendre, de continuer, de tout voir se mêle à l’impossibilité temporelle : chaque église recèle des merveilles.


D'abord l'église San Stae


Alors, entrer dans n’importe laquelle en sautant du bateau : "San Stae, église tardo-baroque, dit le guide qui ajoute, les peintures qu’elle renferme sont parmi les plus illustratives du début du XVIIIème siècle vénitien : Ricci, Tiepolo, Piazzetta, Pittoni". Surprise : elle contient aussi une œuvre appartenant à la 51ème Biennale qui justifie le voyage, celle de l’artiste Suisse Pipiloti Rist, l’art contemporain me poursuit-il alors que cette première journée devait être consacrée au passé ? Entrer dans le noir, être saisie par l’installation vidéo occupant tout un plafond baroque tendu de blanc, attendre que les yeux s’habituent à l’ombre pour découvrir les matelas reliés les uns aux autres et déployés au sol, comprendre qu’il est temps de se déchausser et d’aller s’allonger sur l’un d’eux pour apprécier l’œuvre. Interpréter alors la notice à l’extérieur, qui limite le temps de visite à 20 minutes… Des spectateurs hésitent, moi non, la fréquentation de l’art d’aujourd’hui donne confiance sans doute. Choisir, malgré l’ombre, une place parmi les matelas libres aux deux couleurs vives, au centre. Le confort est garanti par les formes organiques. Libérée du poids du corps et des douleurs au cou, la vidéo fait face, immense, elle est presque parfaitement « encadrée » par la corniche du plafond démesuré (dommage : quelques sculptures en subissent sa lumière dont on ne sait d’où elle vient, mais comment l’éviter ?) J’ignore combien de temps je suis restée là, ne pensant plus à rien d’autre qu’au voyage onirique, dans l’espace et la nature, proposé par les images d’Homo sapiens-sapiens, par le traitement kaléidoscopique de l’origine, entre jardin d’Eden, corps mutants, fruits défendus, violence des passions destructrices. Le corps détendu du spectateur répondant à ceux irisés, fragmentés, des femmes clonées, enveloppés d’une musique lente presque « Zen ». J’aurais pu rester là longtemps, si une fois la boucle de la vidéo déroulée, je n’avais repris conscience du temps qui me manquait pour voir Venise en un jour, les deux autres étant consacrés aux deux principaux lieux de la Biennale. Avant de sortir, je découvre les quatre sphères métalliques placées aux angles de l’espace et reflétant l’installation et projetant une image d’extérieur : on dirait un ciel coloré et en mouvement derrière le toit d’un palais vénitien constitué par la corniche elle-même, étrange jeu d’échelles et perte de repères, poésie assurée, interprétations multiples, magnifique expérience : aller en voir plus sur le site de l’artiste, ressortir à regrets, continuer, le temps presse.


Interlude


Avidité déprimée par l’ampleur du projet et la fermeture des églises et musées. Se promener après entre l’eau et les terrasses de grands hôtels pour voir la nuit vénitienne, car « le cœur de Venise est nocturne » affirme Michel Onfray qu’on s’attend à croiser là, au détour d’une ruelle. Le lendemain a son charme, au coin d’une ruelle sombre et « coupe-gorge », le formidable éclat du matin, les touristes dorment, Venise est douce, tranquille, parfumée, lumineuse et gaie, elle-même aussi. Il décrit : « Le soleil se reflétait dans l’eau, éclatant la surface en fragments de miroir qui se mêlaient, se défaisaient, sous les arches des ponts. » (2)

51ème Biennale : « L’expérience de l’art »

La vocation des Biennales est de donner à voir les œuvres de notre temps, les recherches artistiques en cours dans le monde entier, non de consacrer des artistes déjà reconnus même si certains y sont présents. Celle de Venise a plus d’un siècle et cette année, deux femmes, deux commissaires, se partagent la conception de cette 51ème. Dans le pavillon italien, Maria de Corral déploie L’expérience de l’art, avec des figures historiques (Philip Guston, Francis Bacon, Antoni Tapies, William Kentridge et Bernard Frise, seul français). La commissaire y expose aussi des artistes actuels : Thomas Ruff, photographe contemporain qui nous met à distance respectable de ses grandes photographies numériques devenant abstractions géométriques par la pixellisation, si on ose s’approcher, mais notre recul obligé se cogne au vide matérialisé du volume d’une cage d’escalier invisible et inutile de Rachel Whiteread. Plus loin les mots de Jenny Holzer se déploient dans un angle de pièce au lieu d’envahir les rues.
Pour les anciens, des classiques : une vidéo-installation avec chaise suspendue et tête coupée de Bruce Naumann, un film de Stan Douglas, une grande salle pour William Kentridge, autour de l'image de l'artiste, de son atelier et du dessin d'animation.
Des plus jeunes exposent aussi, comme Robin Rhode et ses courtes animations dérisoires, amusantes et enfantines, un peu nostalgiques d’enfant pauvre peut-être, ou Francesco Vezzoli qui se moque du cinéma en rejouant dans une salle obscure, la bande-annonce d’un film censuré. La plupart nous rendent captifs de vidéos souvent trop longues et si nombreuses que nos yeux s’épuisent malgré nos efforts.
Un film de cinéma est, à l’origine, inévitablement lié à une programmation de la projection, à des horaires, au confort d’une salle obscure, et finalement à la réaction directe du public. Le processus est contraignant, linéaire, assez rarement créatif. Philippe-Alain Michaud confirme : « L’immobilisation du spectateur, la frontalité de la représentation et la séparation rigoureuse de la salle et de la scène, caractéristiques du théâtre à perspective illusionniste codifié au XVIe siècle, restent encore les conditions ordinaires de l’expérience cinématographique : elles imposent à l’expression filmique des impératifs de réception étrangers à ses origines (3)». En revanche, l’installation vidéo n’est pas du même ordre. Numérique ou non, et projetée en boucle, disposée dans un espace vide ou sommairement aménagé, elle relève souvent du registre du non linéaire. Le public, redevenu flâneur (4) est alors libre d’aller et venir, il n’est plus totalement captif d’un lieu, il n’a pas toujours de siège sur lequel s’asseoir confortablement au début pour attendre la fin, sa réaction est généralement différée. Mais le nombre de vidéos renverse déjà cette volonté en nous contraignant, faisant de nous les « otages » de la projection.

Un pavillon par pays


Les pavillons du jardin s’avèrent assez inégaux, montrant aussi des différences d’intérêts, donc de budgets alloués à l’art, selon les préoccupations et la richesse des pays. La Française Annette Messager, récompensée cette année, occupe les trois pièces avec son « surnaturel » Casino qui constitue un parcours en trois séquences : un pavillon français pour la figure d’un Pinocchio italien qui s’est imposé à l’artiste comme métaphore de l’humain pathétique d’aujourd’hui. Dans la première pièce, elle nous présente le petit personnage attachant et joueur, l’aventurier qui perd et a besoin d’être aimé, sortant d’un amas, d’une « forët » de traversins d’où des formes noires s’échappent comme des araignées énormes et angoissantes. Couché sur un polochon tiré par des cordes, le pantin est entraîné dans une ronde sans fin à travers ce monde de danger, « effigie de l’inquiétude, du doute, de l’angoisse entre tragédie et comédie, métaphore de l’artiste » dit Annette Messager. La pièce centrale nous fait entrer dans la pénombre, face à une mer de soie rouge en mouvement sortant d’une porte centrale, lave en fusion, sable mouvant, mer de sang, entrailles de la baleine, animée de remous, de gonflements, d’objets suspendus et d’ombres lumineuses et effrayantes.
Enfin, la dernière pièce montre un trampoline où le pantin semble se disloquer sous l’effet « d’explosions » régulières. Mais, « fini le petit pantin paresseux, le petit humain s’agite, il est ballotté, secoué, coincé, dans les filets, tressautant. Cette agitation humaine conduit à la dislocation » ajoute l’artiste.
Quand les arts plastiques deviennent spectacle théâtral, un autre rapport à l’espace, envahi cette fois, et au temps s’insinue dans l’œuvre… Un temps imposé fait vagabonder la pensée par une mainmise sur le spectateur : l’obliger à rester là, le temps décidé par l’artiste, pour voir l’œuvre en mouvement se dérouler sous ses yeux. Même constat que pour la vidéo.
L’artiste canadienne Rebecca Belmore propose toutefois une expérience très physique : sa vidéo, rendant compte d’une performance, est projetée sur un écran d’eau coulant juste devant nous. Il nous semble que le seau de sang qu’elle nous jette « à la figure », va venir nous recouvrir : un recul devant l’image.
Lors de la dernière biennale de Lyon en 2004, j’avais constaté que l’art mettait de plus en plus le spectateur au centre de l’œuvre, l’obligeant par exemple à la traverser pour continuer la visite, l’enveloppant dans des environnements (Levèque, Kusama, Mac Carty et Kelley…) ou bien, plus rarement, le rendant acteur de l’œuvre (art contextuel ou esthétique relationnelle (5)), c’est encore le cas de certaines œuvres, mais cette année, c’est comme si l’art, aujourd’hui contraint par le mouvement accéléré du monde, créait des espaces d’immobilité du spectateur, de capture par la vidéo ou le spectacle, les images de foules sont récurrentes : là on n’entre pas vraiment, mis à distance on regarde seulement et on attend si on veut tout voir, comprendre un peu, parfois on peut s’asseoir, souvent on doit comprendre l’anglais...
Retour des narrations, reportages ou fictions, les écrans ont donc envahi l’art, impossible image fixe sauf parfois, notamment dans la série d’images intimes de Ishiuchi Miyako, côte à côte, futiles ou douloureuses (lingerie de dentelle et corps brûlé pour le 60ème anniversaire du drame d’Hiroshima ? ), montrer ce qu’il reste d’une mère morte, japonaise ou non : images médusantes aux échelles et aux formats variables.
Beaucoup de gravité, bien peu d’humour, citons toutefois le pavillon d’Israël où Guy Ben-Ner montre une sculpture plutôt banale en forme d’arbre, constituée de divers morceaux de bois. Un peu plus loin une vidéo montre et explique comment dans ce lieu, l’artiste a réalisé, en la démontant complètement, le mobilier minimum pour un studio de célibataire : rocking-chair, table et chaise, parasol dont la toile a été découpée dans la moquette du pavillon (on ira vérifier), lit en mezzanine ou il s’endort, puis se réveille sur le sol à coté de la sculpture-arbre exposée avant de recommencer le montage du mobilier. On comprend ainsi la sculpture. A-t-il rêvé l’œuvre utile ou l’œuvre en kit, le bricoleur devenant artiste ? Sourire…
L’islandaise, Gabriela Fridriksdottir invente un monde mi-naturel, mi-monstrueux, peuplé d’hybrides ou de mutants entre l’humain et l’animal. Une folie héritée de Frankenstein qui surprend, écœure ou inquiète.
Remarquable pavillon espagnol aussi, dans lequel Antoni Muntalas propose « un environnement composé de photographies, de textes, de vidéos, de mobilier et de sons, agencés de manière à constituer un espace hybride entre salle d’attente, salle d’aéroport et centre d’information » rapporte Emile Soulier dans art press (6), une sorte de résumé de toutes ses recherches sur l’interprétation du monde contemporain.
Il y a tellement d’œuvres, il en manque tellement.

« Toujours un peu plus loin »


Rosa Martinez, second commissaire, investit l’Arsenal avec son exposition Toujours un peu plus loin. Se succèdent des œuvres d’artistes jeunes, qui « déclinent pour la plupart, quelques poncifs de l’art contemporain », lisait-on dans art press, avec encore et encore de la vidéo projetée souvent sans prise en compte ni du lieu, ni du spectateur, ni du médium : la « mode » est donc bien à la vidéo, entre 4 et 40 mn., fatigante et sans beaucoup de singularité, narrative ou esthétisante, médium pratique voire « facile » et productions attendues. La vidéo passe parfois à côté d'un usage critique. Etre à la page en utilisant des technologies contemporaines, provoque aussi une confusion entre démarche artistique et adaptation technique, la technologie devrait servir des fins et non le contraire.
Selon art press encore et en effet, on retiendra les grandes photographies noir et blanc de Cristina Garcia Rodero, juxtaposant et confrontant des scènes de piété religieuse et des situations plus scabreuses leur ressemblant formellement, ou le projet avorté de Gregor Schneider, qui consistait à exposer un grand cube noir sur la place Saint-Marc, « comme s’il avait voulu transposer la Ka’ba des musulmans en plein cœur de la cité des Doges », mais aussi la « recherche », constat critique sur le marché de l’art contemporain, les expositions et les musées de l’architecte et futur commissaire de la Biennale d’architecture de l’an prochain, Rem Koolhaas, gigantesque, et l’engin spatial Wave UFO dont on voudrait voir sortir une Mariko Mori glacée, aux yeux fluorescents, et dans lequel on ne peut entrer qu’à trois, déchaussés et affublés d’électrodes à brancher à l’intérieur ( ?) après une heure d’attente : décourageant, quand l’art imite Disney land, dommage : pas attendu, pas vu.
Les performances filmées de l'artiste guatémaltèque Régina Jose Galindo, très dignes, où elle marche dans les rues nue et rasée, ou les pieds nus trempés dans une bassine de rouge sang, sont d’une brutalité un peu « attendue », mais restent touchantes dans leur dimension politique, fustigeant les violences faites aux femmes dans son pays. Elle a reçu le prix des moins de 35 ans. Notons enfin le travail modeste mais explicite sur l’immigration, de la géorgienne Emilie Jacir montrant sur deux écrans collés, Ramallah / New York, deux espaces très distants, mais dont les nombreux points communs sont signifiants.
J’en oublie…
Pour les choix donc, deux regards extrêmement différents sur l’art contemporain, l’un privilégiant l’expérimentation sans vraiment porter une attention à la qualité des œuvres, à leur puissance d’impact visuel, tandis que l’autre s’appuyant sur des œuvres d’artistes reconnus. Maria De Corral le reconnaît, cite Richard Leydier dans art press : « Je suis attirée par les artistes qui nous offrent plus une vision qu’un point de vue. » Comment donc savoir quelle figure a l’art aujourd’hui, n’en captant ici que deux conceptions très personnelles, plus la mienne tentant d’en rendre compte. Peut-être faudrait-il rechercher chez les jeunes artistes ceux qui véritablement imposent une vision sur le monde, nombre d’entre eux pressentent et ressentent ses convulsions, les saisissent, s'en font l'écho, en sont un révélateur, et aussi, noter cette reconnaissance tardive du rôle des femmes (près de la moitié des artistes exposés) dans l'art depuis une trentaine d'années ? Suivons l’époque et attendons l’approche du prochain commissaire de la biennale, l’Américain Robert Storr, rendez-vous 2007. Celle-ci est visible jusqu’au 6 novembre.

A lire :
- La Biennale de Venise féminise la création, Geneviève Breerette dans LE MONDE du 13.06.05
- Une époque dans le miroir de l'art, Béatrice Comte dans Le Figaro Magazine (02 juillet 2005)
- Art press, n°313 juin 2005, pp. 26-60
Voir aussi : Biennale d’art contemporain de Lyon « Expérience de la durée » 14 septembre – 31 décembre

L’art demain ?

Il s’agit pour les artistes d’habiter le monde avec toutes ses contradictions, politiques et autres (exploration du corps, identité), de l’éprouver, d’en faire l’expérience, ce qui permet de définir l’art aujourd’hui avec Maria de Coral et Rosa Martinez, commissaires de la Biennale de Venise. L’art est fondamentalement une expérience et une passion. Les artistes ont tous pour préoccupation le monde actuel. L’œuvre n’est pas une remise à plat des concepts de l’art ou une production visuelle gratifiante, elle se veut riche de réflexion, l’exposition se fait amas de restes, de fragments, de tentatives résultant du travail d’artistes capables de rénover notre faculté d’imaginer diverses façons de vivre la réalité et de créer des émotions.
Le spectateur peut recréer sa propre expérience esthétique, l’exposition doit regarder vers le futur, être attentive aux formes émergeantes, aux tendances qui bousculent la tradition. Goût de l’expérience, souscription à l’émotion, mouvements erratiques à la surface du monde réel qui a changé et change, le problème de l’identité s’y pose avec plus d’acuité, comme celui de la nature de l’image qui redouble le questionnement.
Questions donc : comment créer une image autre que l’image actuelle qui paraît n’exister que par la représentation ? Comment, pour l’artiste, se voir agissant dans le monde d’aujourd’hui ? Quel est le sens d’être artiste dans le monde actuel ? La profusion d’images nous empêcherait presque de penser, de nous exprimer au moyen de mots rendus obsolètes. Esthétique et éthique sont à l’œuvre. L’artiste joue un rôle important, il n’est pas homme de TV ni simple figurant. L’art aujourd’hui est une porte à franchir plus qu’une fenêtre à travers laquelle regarder.
Les propositions isolées peuvent provoquer l’éparpillement du sens. Quand les artistes parlent d’une expérience personnelle, ils en font toujours une expérience universelle. C’est la différence entre un artiste et une personne qui ne l’est pas. Nous pouvons alors nous sentir impliqués dans cette expérience qui parle aussi de nous. Les différences résident dans la manière dont les artistes procèdent, expriment des notions générales, mêmes sujets mais des approches différentes qui provoquent la pensée, une réaction même négative.
Eddy de Wilde disait : « L’art qui provoque le consensus ne peut être que médiocre, le bon art suscite de grandes amours et de grandes haines »… à méditer.

Isabelle POUSSIER

(1) M. Onfray, La sculpture de soi. Paris, Grasset, 1993.

(2) idem. page 24

(3) MICHAUD, P.-A. « La technique du chiffonnier
ou le cinéma déplacé ». p. 93.

(4) Terme emprunté à Dominique Paini, in « le Retour du flâneur ». Artpress, Mars 2000,
n°255, pp. 33-41.

(5) Cf. P. Ardenne, Un art contextuel. Paris : Flammarion, 2004, coll. « Champs ».

(6) Cf. l’article sur Antini Muntanas, art press n°313, juin 2005.

 

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