Thierry Fontaine :
chaque homme est une île

Présentation d'Isabelle Poussier




sculpture - 27 -
Thierry Fontaine - La Réunion 2000







sculpture - 34 -
Thierry Fontaine - La Réunion 2001

















Message - 1 -
Thierry Fontaine - la Réunion 1995







 



Texte d'Isabelle Poussier
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sculpture - 48 -
Thierry Fontaine - La Réunion 2001










sculpture - 36 -
Thierry Fontaine - La Réunion 2001





Biographie de Thierry Fontaine et présentation de l'exposition

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www.thierry-fontaine.com

Lors de l’exposition Matière à penser en 2003 à l’Artothèque de Saint-Denis, j’écrivais sur Thierry Fontaine que ce jeune sculpteur réunionnais était d’un genre singulier (1) . L’artothèque persiste est signe son intérêt pour l’artiste, en lui offrant une exposition personnelle tout à fait intéressante. Nous y voyons Thierry Fontaine envahir l’espace, ses images se dilater au point de tapisser les murs, alors que d’autres y ouvrent des fenêtres où les échelles et les lieux se percutent. Les sculptures à l’aveugle sur son propre corps ou de son corps en devenir, déjà anciennes, servent de point d’ancrage aux nouvelles images avec lesquelles elles contrastent.

L’identité, le double


L’espace triangulaire « île, ville, art » continue ici à questionner l’identité de l’artiste. Les traces photographiques de ses performances solitaires deviennent celles de moments captés lors de ses errances de Londres à Paris ou Strasbourg, revenant, transportant toujours son île, son identité, ailleurs. Elles se trouvent souvent taraudées par la question du double. Les lourdes reliques, portées par le corps de l’artiste devenu montreur de formes sculptées qui l’arrimaient au sol, décapité par le cadrage, sont toujours présentes, mais laissent place progressivement à des objets plus petits, beaucoup moins lourds, manufacturés ou naturels, avec ou sans la présence de l’artiste. L’objet se serait donc peu à peu détaché du corps de l’artiste qui semblait alors avoir accouché de formes immémoriales, fossiles géants ramenés par la mer : l’artiste sans tête se faisait alors ethnologue ou archéologue.

Que nous dit Thierry Fontaine de lui, de nous ? Que « l’homme est une île », qu’il est son île, irrémédiablement seul, accroché au sol primordial et entouré du néant, de l’immensité, même sur un quai de la Seine ou dans une station de métro. Que l’homme est tiraillé entre soi et soi, entre soi et sa culture, entre plusieurs lieux, entre soi et l’autre, que l’homme est double assurément et que la quête est douloureuse, lui arrache un cri muet. Mais pour la première fois, nous entendons sa voix sans voir encore son visage, elle ne crie pas, elle est douce et hésitante, incertaine et répétitive. Dans un film volontairement « amateur » et documentaire, un texte laconique propose une vision possible de l’œuvre, puis l’artiste nous donne quelques indices pour la comprendre mieux, quelques fausses pistes aussi peut-être, on se demande si le film veut faire œuvre ou l’accompagne.

Un sculpteur photographe


Les pièces les plus récentes délaissent donc la sculpture, toujours pas d’objet à toucher, elles se dirigent davantage vers une photographie fragmentée, tout comme l’identité, « l’homme est une île », une île en morceaux : des pieds, des cheveux hissés flottant au vent, un torse d’homme (on reconnaît la chemise bleue de l’artiste) à la croix double ou gisant tête en bas cachée dans l’herbe, une bouche « coquillage » immense et sensuelle, les mains d’une autre… et puis les siennes aussi, les mains de Thierry Fontaine, les mains du sculpteur ayant perdu sa terre, elles ne sculptent plus, mais constituent le cadre d’un paysage infini, affirment leur présence dans le film. La main de l’artiste, celle du sculpteur, la manualité comme concept d’une sculpture invisible, à faire, de toutes les sculptures. Cela revient à se situer en amont, dans les premiers maillons de la chaîne, tout comme Laurence Weiner, sculpteur sans objet qui façonne avec des mots. Ce dernier affirme que son effacement n’est pas tant de la modestie qu’un désir de se préserver d’une excitation excessive, à l’égard de son propre travail, qui tourne parfois à l’indécence. Cela ne l’intéresse pas de voir sa signature partout, dit-il. Thierry Fontaine a bien cette modestie. Il fallait donc renoncer à la tyrannie de la « signature », pour avoir la liberté de modifier ses travaux ou ses médiums selon les idées du jour. L’œuvre d’art, selon Lawrence Weiner, est avant tout un travail. Travail de l’esprit, travail de la main, qui se modifie, se corrige, s’amende dans le temps de l’élaboration et parfois après. Les idées sont issues d’un environnement, d’une culture vécue, d’une histoire personnelle qui reviennent toujours dans l’œuvre.

Avec sa terre, Thierry Fontaine a aussi perdu son masque ; la preuve, il accepte aujourd’hui de se montrer, il nous tend cette main, nous permet de le reconnaître peut-être, il ne fait plus de ce caché une posture artistique, son rêve n’est plus de disparaître complètement derrière son œuvre, comme le disait Jean Genet (2).

Enigme toujours…

Néanmoins, le mystère persiste, il nous faut encore rester à distance : la photographie établit une distance respectueuse entre les corps de Thierry Fontaine et ceux qui les regardent, disait Guy Tortosa (3), cela vaut encore aujourd’hui. L’élément naturel, puis l’objet manufacturé sont entrés dans le travail, venant se heurter aux mots. Ces derniers ont donc repris une place dans l’œuvre, toujours en relation avec l’objet : sur le banc à double assise où il semble nous proposer une rencontre, nous inviter à rompre la solitude d’un certain Thierry Fontaine ayant investi, signé même, la moitié du banc, sachant que nous serons assis dos à dos, et dans cette position resterons anonymes.

L’humour ne semble pas absent de l’œuvre et il passe par les mots encore et l’animal cette fois, tout à fait incongru dans le travail, et pas n’importe quel animal : l’escargot au sang froid dont la lenteur et le système de reproduction bi-sexué lui permettant de s’auto féconder sont bien connus. L’escargot est un drôle d’animal, très présent dans l’art. Daniel Arasse, observant le tableau de Francesco del Cossa, L’Annonciation, nous demande : « Vous trouvez ça normal, vous ? Dans le somptueux palais de Marie, au moment (ô combien sacré !) de l’Annonciation, un gros escargot qui chemine, yeux bien tendus, de l’Ange vers la Vierge, vous n’y trouvez rien à redire ? (4) » La similitude formelle entre la représentation de Dieu et celle de l’escargot pouvait certes être notée, rappelant peut-être l’insondable lenteur de Dieu à s’incarner ! Mais l’auteur va plus loin : l’exceptionnelle présence de cet animal dans une Annonciation et sa taille disproportionnée, lui font dire qu’il « est peint sur le tableau et non dans le tableau. Il est sur son bord, à la limite entre son espace fictif et l’espace réel d’où nous le regardons. (5) » Il serait donc là pour faire lien. Et le couple d’escargots de Thierry Fontaine, lien en deux temps de l’œuvre, entre le vivant et le représenté, entre deux sexes androgynes, lenteur de l’artiste ou de l’homme à s’incarner ? Enjeu d’incarnation, d’identité pour Thierry Fontaine, tout autant géographique, culturelle que sexuelle… La question du sexe de l’artiste, du masculin féminin, a aussi fait couler beaucoup d’encre… Depuis les premières œuvres, celui de Thierry Fontaine ne pose guère de problème d’identification, contrairement à ce qu’on a pu entendre dire lors de la série Les sauvages, car hormis son prénom masculin, la stature, les vêtements volontairement déterminés, la chemise bleue devenue marque de fabrique, l’attitude également, ne laissent aucune place à l’équivoque. L’homme reste sans visage, figure de l’universalité, de l’immuable création humaine et de l’inexorable condition de mortel. Mais pour conclure, Daniel Arasse ajoute que Francesco del Cossa fait de l’escargot la figure d’un regard aveugle pour nous signifier que nous ne voyons rien, ne savons rien de ce qui s’est réellement produit, malgré cette représentation. Restons modeste donc ! Mais pour quelle raison des escargots, plutôt que des grenouilles, des crapauds ou des lézards, autres sortes de bêtes à sang froid ? Et là, ils sont deux, les deux mêmes sauf la coquille qui porte un mot : ainsi l’un est baptisé Fontaine, l’autre Thierry, l’un féminin, l’autre masculin, unis pour la vie, faut-il redonner un sexe à l’escargot ? Imaginons qu’ils prennent chacun leur chemin, qu’adviendrait-il ? « Fontaine et Thierry sont sur une île, Fontaine tombe à l’eau, que reste-il ? » « Non… pas drôle ! » l’identité serait le nom, celui du père, pas le prénom, quoique, et si le nom était porté par la multitude ?… Hypothèse plus qu’audacieuse donc, mais qui pose une nouvelle fois la question du double sexe du créateur, mais la Fontaine reste un bienfait, un jaillissement, et une référence incontournable à l’objet dans l’art du XXème siècle (6), à la porcelaine fragile et immaculée…

Toutefois, nous pouvons encore nous étonner d’une métaphore qui nous ferait croire que Thierry Fontaine a lu le poème Escargots de Francis Ponge (7). S’y trouve évoqué ce que l’artiste semble rappeler : un rapport singulier à la terre, à la trace, au mouvement incessant, une singularité de la coquille : intimité nomade à la fois symbole de naissance, image de l’oreille donc des mots, et œuvre d’art. Reste que l’escargot remet en question notre culture dans le tableau décrit par Daniel Arrasse, tant sur le plan des croyances que sur celui de la représentation ou de l’art lui-même, Thierry Fontaine ajoute le dédoublement dans sa photographie. Et si nous partions à la chasse aux escargots, peut-être pourrions-nous retrouver l’un ou l’autre, avec beaucoup de chance les deux ?

Conceptuel ?


L’œuvre se fait donc plus conceptuelle, plus de monstre mythologique sans visage issu des amours interdites entre un Dieu tout puissant et une créature terrestre et dont on ne sait si la forme va bientôt émerger du bloc de terre ou envelopper le corps entier et le faire disparaître. Plus de Mi-homme monstrueux, mi-sculpture inachevée, on pensait à Auguste Rodin. Thierry Fontaine semble avoir échappé au labyrinthe, au masque de fer, à sa prison de cette terre étouffante, le voici libre enfin de chercher plus loin ce qui le constitue, ce qui nous constitue aussi. Il éprouvait le matériau juste avec ses images mentales, à l’aveugle, il les montre aujourd’hui sous différentes formes, l’objet l’y aide et Francis Ponge revient le « citant » même à la dernière ligne (8) .

Liberté

La figure effrayante de l’homme étouffant, chutant parfois dans le sable ou les cailloux, au visage improbable et mystérieux, à la fois corps à la souffrance montrée et à l’identité impossible a disparu, ou plutôt s’est fondue dans le décor au profit d’un homme marchant, explorant toutes les directions, assoiffé de rencontres, sensuel et plus calme, l’espoir renaît. Le Prométhée sculpteur de son propre corps a pris sa liberté, plus aucun poids ne le cloue vraiment au sol, il devient spectateur et acteur d’un monde, d’un voyage, et ce n’est que « justice ». Mais Thierry Fontaine garde son secret, il se cache encore et se joue de nous, publiera-t-il bientôt son roman chez Gallimard ou n’est-il pas encore arrivé jusqu’à nous ?

Isabelle Poussier - janvier 2006

(1) Les sculptures photographiques de ThierryFontaine, In Picassiette n°1, site Arts et culture du CRDP de la Réunion (http://www/crdp-reunion.net/ dossiers archives)
(2) G. TORTOSA, Thierry Fontaine, SEUL, Jean-Michel Place éditions, Cahors, 2001.
(3) Idem.
(4) ARASSE, D. On n’y voit rien, Descriptions. Paris : Denoël, 2000, coll. « Essai », p. 25.
(5) Idem, p. 35.
(6) DUCHAMP, M. Fontaine, 1917/1964, Ready-Made : urinoir en porcelaine, 23.5 x 18.8cm, hauteur 60cm, Milan, Collection Arturo Schwarz
(7) PONGE, F. Le parti pris des choses, suivi de Proêmes. Paris : Gallimard (1967), 16ème éd., coll. « nrf », 2000, pp. 51-55.
(8) PONGE, F. L’objet c’est la poétique, in Nouveau recueil, Paris, Gallimard, coll. « nrf », 1967, p. 146.



Escargots (extraits)

F. Ponge, Le parti pris des choses, suivi de Proêmes, Paris, Gallimard, coll. « nrf », 1967, 16ème éd., 2000, pp. 51-55.

… les escargots aiment la terre humide. Go on, ils avancent collés à elle de tout leur corps. Ils en emportent, ils en mangent, ils en excrémentent. Elle les traverse. Ils la traversent. C’est une interpénétration du meilleur goût parce que pour ainsi dire ton sur ton – avec un élément passif, un élément actif, le passif baignant à la fois et nourrissant l’actif -…
(Il y a autre chose à dire des escargots. D’abord leur propre humidité. Leur sang froid. Leur extensibilité.)
À remarquer d’ailleurs que l’on ne conçoit pas un escargot sorti de sa coquille et ne se mouvant pas. Dès qu’il repose, il rentre aussitôt au fond de lui-même. […] Dès qu’il s’expose, il marche.
[…]
Certainement c’est parfois une gêne d’emporter partout avec soi cette coquille mais ils ne s’en plaignent pas et finalement ils en sont bien contents. Il est précieux, où que l’on se trouve, de pouvoir rentrer chez soi et défier les importuns. Cela valait bien la peine.
[…]
Seul, évidemment l’escargot est bien seul. Il n’a pas beaucoup d’amis. Mais il n’en a pas besoin pour son bonheur. Il colle si bien à la nature, il en jouit si parfaitement de si près, il est l’ami du sol qu’il baise de tout son corps, et des feuilles, et du ciel vers quoi il lève si fièrement la tête, avec ses globes d’yeux si sensibles ; noblesse, lenteur, sagesse, orgueil, vanité, fierté.
[…]
Ainsi en est-il de tous ceux qui s’expriment d’une façon entièrement subjective sans repentir, et par traces seulement, sans souci de construire et de former leur expression comme une demeure solide, à plusieurs dimensions. Plus durable qu’eux-mêmes.
Mais sans doute eux n’éprouvent pas ce besoin. Ce sont plutôt des héros, c’est-à-dire des êtres dont l’existence même est œuvre d’art, - que des artistes, c’est-à-dire des fabricants d’œuvres d’art.
Mais c’est ici que je touche à l’un des points principaux de leur leçon, qui d’ailleurs ne leur est pas particulière mais qu’ils possèdent en commun avec tous les êtres à coquille : cette coquille, partie de leur être, est en même temps œuvre d’art, monument. Elle demeure plus longtemps qu’eux.
Et voilà l’exemple qu’ils donnent. Saints, ils font œuvre d’art de leur vie, - œuvre d’art de leur perfectionnement.
[…]
Mais quelle est la notion propre à l’homme : la parole et la morale. L’humanisme.


Paris, 21 mars 1936.



L’objet c’est la poétique
F. Ponge, L’objet c’est la poétique, in Nouveau recueil, Paris, Gallimard, coll. « nrf », 1967, p. 146.

Le rapport de l’homme à l’objet n’est du tout seulement de possession ou d’usage. Non, ce serait trop simple. C’est bien pire.
Les objets sont en dehors de l’âme, bien sûr ; pourtant ils sont aussi notre plomb dans la tête.
Il s’agit d’un rapport à l’accusatif.

L’homme est un drôle de corps, qui n’a pas son centre de gravité en lui-même.
Notre âme est transitive. Il lui faut un objet qui l’affecte, comme un complément direct, aussitôt.
Il s’agit du rapport le plus grave (non du tout de l’avoir, mais de l’être)
L’artiste plus que tout homme en reçoit la charge, accuse le coup.

Par bonheur, pourtant, qu’est-ce que l’être ? – Il n’est que des façons d’être successives. Il en est autant que d’objets. Autant que de battements de paupières.
D’autant que, devenant notre régime, un objet nous concerne, notre regard aussi l’a cerné, le discerne. Il s’agit, dieux merci, d’une « discrétion » réciproque ; et l’artiste aussitôt touche au but.
Oui, seul l’artiste, alors sait s’y prendre.
Il cesse de regarder, tire au but.
L’objet, certes, accuse le coup.
La Vérité se renvole, indemne.
La métamorphose a eu lieu.

Ne serions-nous qu’un corps, sans doute serions-nous en équilibre avec la nature.
Mais notre âme est du même côté que nous dans la balance.
Lourde ou légère, je ne sais.
Mémoire, imagination, affects immédiats, l’alourdissent ; toutefois, nous avons la parole (ou quelque autre moyen d’expression) ; chaque mot que nous prononçons nous allège. Dans l’écriture, il passe même de l’autre côté.
Lourds ou légers donc je ne sais, nous avons besoin d’un contrepoids.
L’homme n’est qu’un lourd vaisseau, un lourd oiseau, sur l’abîme.
Nous l’éprouvons.
Chaque « battibaleno » nous le confirme. Nous battons du regard comme l’oiseau de l’aile, pour nous maintenir.
Tantôt au sommet de la vague, et tantôt croyant nous abîmer.
Éternels vagabonds, du moins tant que nous sommes en vie.
Mais le monde est peuplé d’objets. Sur ses rivages, leur foule infinie, leur collection nous apparaît, certes plutôt indistincte et floue.
Pourtant cela suffit à nous rassurer. Car nous l’éprouvons aussi, chacun d’eux, à son gré, tour à tour, peut devenir notre point d’amarrage, la borne où nous appuyer.
Il suffit qu’il fasse le poids.
Plutôt que notre regard, c’est alors l’affaire de notre main, - qu’elle sache filer la manœuvre.

Il suffit dis-je qu’il fasse le poids.
La plupart ne font pas le poids.
L’homme, le plus souvent, n’étreint que ses émanations, ses fantômes. Tels sont les objets subjectifs.
Il ne fait que valser avec eux, chantant tous la même chanson ; puis s’envole avec eux ou s’abîme.

Il nous faut donc choisir des objets véritables, objectant indéfiniment à nos désirs. Des objets que nous rechoisissons chaque jour, et non comme notre décor, notre cadre ; plutôt comme nos spectateurs, nos juges ; pour n’en être, bien sûr, ni les danseurs, ni les pitres.
Enfin, notre secret conseil.
Et ainsi composer notre temple domestique :
Chacun de nous, tant que nous sommes, connaît bien, je suppose, sa Beauté.
Elle se tient au centre, jamais atteinte.
Tout en ordre autour d’elle.
Elle intacte.
Fontaine de notre patio.

février 1962.


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