jusqu’au
16 janvier 2005
Musée Léon Dierx
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Chen
Zhen - La digestion perpétuelle – 1996 –
Chaises,
bois, plexiglas, objets chinois, photographies – achat
mld / inv.1996.05.01 |
| Chen
Zhen - La digestion perpétuelle – 1996 – détail |
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Laurence
Lecieux présente l'exposition "Conversation" |

| Des
chaises suspendues pour une digestion perpétuelle |

Plateau
tournant garni d'objets fournis par les amis réunionnais
de Chen Zhen
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Rencontre
de la culture chinoise millénaire et de la jeune culture
réunionnaise à travers le dialogue d’œuvres
issues des collections du musée Léon Dierx.
La culture chinoise est largement représentée à La
Réunion
et fortement relayée par le milieu associatif.
En 1996 Chen Zhen, artiste chinois contemporain, récemment disparu,
a séjourné à La
Réunion. Sa réflexion portait sur l’intégration
et la transformation par les individus des éléments d’une
culture d’origine, en particulier liés aux pratiques de consommation.
Dans l’île, il a rencontré la communauté chinoise
avec laquelle il a travaillé. Cette collaboration a donné naissance à une œuvre
majeure : « la digestion perpétuelle ». Cette pièce
est exposée en conversation avec les œuvres de Jean Albany, Jack
Beng-Thi, Bertrand Boyer, Gilbert Clain, Thierry Fontaine, Alain Louis Padeau,
Noël
René, Laurent Zitte et Wilhiam Zitte.
Ces quelques générations d’artistes écrivent en
un raccourci du temps, l’histoire de la création plastique à La
Réunion, marquée elle aussi par l’héritage culturel
originel et son interprétation contemporaine. Une rencontre exceptionnelle
placée sous le signe du futur contenu dans chacun d’entre nous.
Chen Zhen a développé dans toute son œuvre la problématique
des transferts entre culture et hybridation comme source de la refonte de l’identité des
nations, des sociétés et des individus. Il a mené son
travail d’artiste à partir de la découverte de la nécessité de
réinventer sa pensée en se mêlant aux autres.
Héritier d’une civilisation millénaire il a su en dépasser
l’héritage, revitaliser le passé et enrichir le présent.
Le multiculturalisme réunionnais pose en live ces problématiques
de l’héritage et de son dépassement. Cette exposition réunit
neuf artistes* de générations différentes, nés à La
Réunion, dont le parcours et les œuvres montrent en un raccourci
du temps saisissant, l’évolution des arts plastiques sur cette île.
La rencontre de leur travail avec celui de Chen Zhen résonne dans ce dialogue
des cultures et dans la nécessité du dépassement de l’appel
stérile du passé en faveur de la construction d’un avenir
enrichi de ces expériences passées.
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Laurence
Le Cieux
Conservatrice
du musée Léon Dierx
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Digestion
perpétuelle : impossible de s’asseoir
!
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Prenons
les chaises de l’artiste chinois Chen Zhen, de passage
dans l’Océan indien il y a huit ans. Elles participent à une
installation réalisée au Musée Dierx
de Saint Denis de la Réunion en 1996 et répondent à une
commande d’œuvre. Cette installation-environnement
est de nouveau présentée cette année,
et elle regroupe aussi des objets réalisés
par des artisans, des objets préexistants, prêtés
pour l’occasion, des photographies, des sons issus
de plusieurs sources. L’ensemble trouve sa cohérence
dans le souvenir laissé par un repas de l’artiste
avec des chinois vivant sur l’île, photographiés
et lui ayant prêté chacun une chaise. L’espace
de l’exposition est totalement occupé, au centre
par la très grande table fabriquée pour l’œuvre
par un menuisier mauricien et munie d’un deuxième
plateau rond et tournant, au mur par des diptyques photographiques
représentant chacun un visage à côté de
la chaise prêtée (un seul des participants n’a
pas voulu voir sa photo exposée près de sa
chaise, l’espace est resté blanc), et une très
grande vue du groupe réuni et reproduit à taille
humaine pour imposer leur présence à une des
extrémités de la table. Le reste de l’espace
est occupé par le son, reproduisant l’ambiance
du restaurant et, entendues de plus près, les conversations
sur l’identité chinoise. Les spectateurs déambulent à l’intérieur
de l’œuvre autour de la table. Les objets réunis
sur le plateau tournant proposent aussi une référence à la
culture chinoise, nourriture de l’esprit à la
place de l’habituelle nourriture du corps et les
vingt chaises, toutes différentes, représentant
chacune un convive du repas, ont été élevées
et encastrées, ajustées dans le plateau de
la table, donc immobilisées et inutilisables. Le repas
est terminé donc, l’artiste est décédé depuis
quatre ans, reste une ambiance, du son, et la nécessité de
poser les questions de la réinstallation de ce type
de performance et de la restauration des œuvres contemporaines. |
| La restauration |
Il
y a un problème particulier de la restauration de l’art
contemporain, nous sommes ici contraints d’entamer une
réflexion sur tous les aspects de l’œuvre,
notamment sur une vision spécifique de l’artiste
(un praticien dont la technique se fonde sur le sens poïétique
de l’œuvre, sur une démarche), ce qui la
rend difficile et très riche d’informations sur
le travail de la création en plus de celui sur l’objet
lui-même. La restauration dépasse donc le traitement
de l’aspect physique de l’œuvre, mais doit
prendre en compte une complexité d’intentions
et d’accomplissements, et c’est leur nature qui
dictera les choix et évitera les interprétations
erronées…. Quelle sera donc la mémoire
d’aujourd’hui entre conserver, transmettre, abandonner,
détruire, remplacer ? Les choix sont fonction de l’œuvre
et doivent absolument respecter son intégrité et
son authenticité, en évitant de fonder son discours
sur la nostalgie d’une esthétique passée
et transcendante issue des valeurs réputées immuables
du « Beau ». La restauration ne peut avoir lieu
qu’à condition que l’artiste ne reconnaisse
pas à son œuvre un caractère de performance
et d’éphémère, il est donc indispensable
de s’assurer auprès de l’artiste, de ses écrits
ou de ceux qui l’ont entendu parler de l’œuvre,
voire de puiser dans l’ensemble de l’œuvre,
que de telles interventions rétablissent l’intégrité de
l’œuvre et ne la dénaturent pas. La restauration
des œuvres contemporaines ne se réduit donc pas à des
questions techniques, mais se décide par rapport à la
complexité du processus créateur dans son entier,
et impose une condition du respect de la destinée de
l’œuvre telle qu’elle a été envisagée
par son auteur, si non la restauration se substituerait à la
création et constituerait une copie ou un plagiat. |
Isabelle
Poussier
Professeur d'Arts Plastiques à l'IUFM |
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