K
Kurt Schwitters
« Je ne comprends pas pourquoi on ne pouvait utiliser dans un tableau, au même titre que les couleurs spécialement fabriquées pour les peintres, des matériaux tels que : vieux billets de tram ou de métro, morceaux de bois flotté, tickets de vestiaire, fil de fer, rayons de vélo, boutons, en un mot toutes les vieilleries qui traînent dans les greniers ou sur les tas d’ordures. C’était là, en quelque sorte, un point de vue social et, sur le plan artistique, un plaisir personnel… »
1887 : Naît à Hanovre en Allemagne
1908-1909 : études à l’Ecole d’art de Hanovre
1909-1914 : étudie la peinture à l’Académie des beaux-arts de Dresde. Ses œuvres d’abord figuratives et conventionnelles (paysages et portraits), subissent l’influence de tous les mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle.
1918 : il tourne le dos à la peinture traditionnelle et se compose entre 1918 et 1920, une esthétique personnelle fondée sur la substitution de déchets et de détritus de toutes sortes aux matériaux nobles (huiles, pigments).
1919 : il fonde son propre mouvement Dada à Hanovre qu’il nomme « Merz ».
Grand « fouilleur » de la société industrielle et de la réalité urbaine, il intègre sur ses toiles tout ce qu’il trouve au hasard de ses recherches : billets d’autobus, lambeaux d’affiches ou de journaux, cigares, boutons, morceaux de tissus, bouchons, fil de fer, etc., bref, tout ce qui a été rejeté par la société.
Refusant une re-production illusoire de la réalité, il fait au contraire, « entrer » la vie dans le domaine de l’art
L
Le point sur le i
Prikken paa i en, 1939
Kurt Schwitters
Collage de papiers divers sur contreplaqué peint collé sur aggloméré,
75,5 x 91,8 cm
Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris
Dation, 1988
« Kurt Schwitters ramasse ce qui traîne dans les rues. Il rapporte dans ses poches des billets de théâtre, des tickets de tramway, des vignettes, et beaucoup d’autres choses encore comme des enveloppes, des emballages, des articles de journaux, qu’il découpe, rassemble, dispose et colle fragments par fragments. Il baptise ça MERZ ! Pourquoi MERZ ?... »
Parce qu’il a coupé un papier sur lequel était écrit le mot allemand Kom/MERZ, commerce.
« Jour après jour, comme feuilles poussées par le vent, tous ces petits papiers forment un tapis aux couleurs de l’automne. Sur ces papiers courent des mots, qui se superposent, se bousculent, s’entrechoquent. Ils sont en anglais, en norvégien, en italien, en français, mais la plupart sont en allemand, la langue maternelle de Schwitters. »
« Tous ces mots, tous ces papiers sont dispersé comme par le souffle des ailes d’un moulin. Puis rassemblés, construits comme un nid d’oiseaux. L’oiseau qui plane au-dessus de l’Allemagne en 1939, c’est l’aigle impérial. Dans son tableau, Schwitters le coupe en deux et l’enfouit parmi les détritus de la rue ! Le collage terminé, il le signe, le date et donne ce titre à son œuvre : PRIKKEN PAAI EN, c’est-à-dire LE POINT SUR LE I. »
Extraits de : Schwitters, Le point sur le i, coll. L’Art en jeu, Centre Georges Pompidou.